Mercredi 30 mai 2007

LE MONDE | 30.05.07 | 16h00

 

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 Elle le dit comme on réciterait une poésie : "méningo-encéphalite herpétique". Une maladie qui a rendu son fils, Kevin, tétraplégique dès la naissance, l'a plongé ensuite dans un état végétatif. Corinne Teyssedou, 34 ans, ne prononce jamais le mot euthanasie devant la cour d'assises du Lot, à Cahors, où elle a comparu, mardi 29 et mercredi 30 mai.

Mais si elle est là, dans le box des accusés, bien droite, dans son sweat-shirt noir, c'est parce qu'un week-end d'octobre 2003, chez elle, à Figeac (Lot) , elle a tué son fils de 4 ans en l'étouffant. Elle explique qu'elle a "lu dans ses yeux qu'il souffrait". Et comme il ne pouvait pas parler, elle a "fait la réponse à sa place".

 

 

 

La salle d'audience de la cour d'assises du Lot, où est jugée la infanticide, le 30 mai 2007

Les experts psychiatres jugent les capacités intellectuelles de Corinne Teyssedou "limitées". Pour son passage à l'acte, cette petite femme brune et ronde, avait pourtant pensé à "à tout, le cimetière, les pompes funèbres...", six mois avant. Elle a seulement hésité sur la méthode : entre le "couteau et le coussin".

"Mais avec le couteau j'avais peur qu'il crie", a-t-elle lâché devant les jurés, sans ciller. A l'époque, les médecins ont conclu à une mort naturelle. Ce n'est qu'en 2005, poussée par un ami, que la jeune femme s'est rendue au commissariat pour avouer son geste, après avoir un temps sombré dans l'alcoolisme.

Sa biographie, Corinne Teyssedou a bien tenté de l'expédier en deux minutes, mais le président de la cour l'a obligée à la préciser. Fille unique, la jeune femme est née d'une mère sans emploi, passionnée de danse folklorique, et d'un père poseur de tuiles la nuit, croque-mort le jour. Enceinte à 15 ans - "parce que personne (ne lui) avait expliqué comment ça arrivait" - elle a accouché sous "X...", avant d'être placée en foyer, quelques mois plus tard, lors de la mort de son père des suites d'une maladie de Parkinson, et à cause de relations conflictuelles avec sa mère.

 

"INVIVABLE"

 

Corinne Teyssedou a arrêté ses études après son CAP lorsqu'elle a rencontré un SDF de vingt-huit ans son aîné, partie civile au procès et dont elle est désormais divorcée. Avec lui, elle a un premier enfant, Macrina, puis Kevin et son jumeau Anthony.

Avec la maladie de Kevin, c'est l'enfer au quotidien, selon Corinne Teyssedou. Elle sort l'enfant de son établissement spécialisé un week-end sur deux. Ces jours-là, comme elle ne se sent pas apte de tout assumer, Macrina et Anthony sont placés en famille d'accueil. Avec "ça" à la maison, "on ne peut même plus sortir s'acheter des cigarettes" et "qu'à cause du fauteuil roulant, on peut seulement se promener dehors quand il fait beau".

Et puis il y a les bains une à trois fois par jour où elle craint en permanence qu'il lui "glisse des mains à cause du savon". Il y a les 250 ml de nourriture qu'il faut lui donner par sonde gastrique toutes les deux heures, la hantise des vomissements... La jeune femme est à chaque fois assistée, à sa demande, d'au moins une infirmière, et d'une assistante sociale, mais pour elle "c'est invivable".

Alors, sur le même ton qu'elle a décrit ses hésitations sur le couteau et le coussin, elle a conclu son témoignage, tenant à dire, bien qu'elle risque la réclusion criminelle à perpétuité, que, pour elle, la mort de Kevin, avait quand même été "une petite délivrance".

 

Elise Vincent

Par gabriel aharon dan - Publié dans : tpe-euthanasie-2007
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